L’Afrique Fait Son Cinéma 2026 : 10 jours pour prouver que l’imaginaire résiste encore aux algorithmes
Du 5 au 14 novembre, le campus de l’EICAR, à Ivry-sur-Seine, accueille la huitième édition du festival. Au programme : cinquante-six films venus de vingt-quatre pays. Le thème de cette année, « L’imaginaire ne se programme pas », invite à raconter demain à l’heure de l’intelligence artificielle. Ce n’est pas un simple slogan, c’est un véritable enjeu pour le cinéma.
La cérémonie d’ouverture se tient le 6 novembre à 18 heures, avec la projection de Il a déjà tes yeux, de Lucien Jean-Baptiste, parrain de l’édition. La soirée se poursuit avec un défilé, un cocktail signé L’Albarino, puis un after au Keur Samba. Le 14 novembre, la clôture remet les Ubuntu Awards. Cette année, le palmarès s’enrichit de deux catégories, Film IA et Mobile Film, ainsi que d’un premier Prix d’interprétation Ubuntu. Le film de clôture sera le biopic Fanon, de Jean-Claude Barny.
Bien plus qu’un festival de projections
On vient d’abord pour les films. Mais le programme va bien au-delà. The Market, le marché professionnel, réunit les acteurs de la filière pendant plusieurs jours. Le Giles Foreman Centre for Acting propose des masterclasses pour apprendre à jouer en anglais devant la caméra. Lucien Jean-Baptiste animera la sienne. Le 8 novembre, une table ronde posera la question centrale de l’édition : comment raconter demain quand les machines prétendent déjà écrire nos histoires ?
Le festival l’Afrique Fait Son Cinéma s’adresse aux cinéastes émergents et confirmés d’Afrique, des Caraïbes et des diasporas, ainsi qu’aux producteurs, distributeurs et financiers. Les étudiants de l’EICAR sont aussi de la partie, tout comme les passionnés qui déplorent que ces films restent cantonnés aux niches ou aux plateformes. Ici, les échanges avec les équipes suivent presque chaque séance, et les cocktails déjeunatoires favorisent les rencontres. Chacun devient acteur de l’événement.
Des récits africains qui s’imposent
Dévoilée le 18 octobre, la sélection officielle compte treize longs métrages de fiction, douze documentaires, un long métrage d’animation et vingt-trois courts métrages de fiction. Elle accueille aussi des formats inédits : deux films créés par l’IA, un film tourné au mobile, un film étudiant et une série. Les œuvres viennent du Zimbabwe, de la Martinique, du Tchad ou encore de la Nouvelle-Calédonie.
Afrotōpia, de David Mboussou, ouvrira les projections le 7 novembre. Parmi les autres titres à retenir : Karen, de Gabi Ruben Ngounou, Rusambo, d’Angela Zivo Gapa, Handithérapie, de Claudia Yoka, et Les Trois Lascars 2, de Boubakar Diallo. Le talent ne manque pas. Ce sont les écrans et les circuits de distribution qui font défaut.
Le festival aborde la question de l’IA sans détour : peut-elle enrichir la création, ou risque-t-elle d’uniformiser les récits ? Le Défi Kino-AI et les tables rondes y répondent par la pratique plutôt que par la théorie. Les organisateurs écartent tout discours nostalgique. Ils montrent des cinématographies africaines et caribéennes qui expérimentent, avancent et revendiquent leur place dans le débat technologique.
Les visages du Festival l'Afrique Fait Son Cinéma
L’événement est organisé par la Horyou Foundation et Gate Africa, avec l’EICAR comme partenaire fondateur. Clémentine Célarié en est la marraine, Lucien Jean-Baptiste le parrain et Richard Sammel le président du jury. Blaise Pascal Tanguy, délégué général, accompagne le festival depuis sa création en 2019.
Au fil des éditions, le festival est devenu un lieu où les films d’Afrique et des Caraïbes ne sont plus seulement projetés. Ils y sont défendus, discutés et mis en relation avec des financeurs et des distributeurs. Cette huitième édition va plus loin : elle intègre l’IA sans s’y soumettre, ouvre un marché professionnel, forme et récompense.
Le 14 novembre, à la remise des Ubuntu Awards, une évidence s’imposera. L’imaginaire africain et caribéen n’a pas à être programmé. Il doit être vu, et trouver enfin ses canaux de diffusion.


