L'ONU déclare la traite transatlantique des esclaves le "plus grave crime contre l'humanité"

Le 25 mars 2026, l'Assemblée générale des Nations unies a franchi une étape symbolique majeure en proclamant la traite transatlantique des esclaves africains et l'esclavage racialisé comme « le plus grave crime contre l'humanité ». Portée par le Ghana au nom du Groupe des États d'Afrique, cette résolution ONU traite transatlantique esclavage crime contre l'humanité relance le débat mondial sur la mémoire collective, les excuses et les réparations.

homme enchainé aux pieds
Adoptée sous les applaudissements d’une large majorité d’États, elle met en lumière les séquelles persistantes d’un système qui a duré plus de quatre siècles. Mais ce vote historique divise : si 123 pays ont dit oui, la France, comme la plupart des Européens, s’est abstenue, provoquant une vive polémique en Outre-mer.

Une résolution historique portée par l'Afrique

Présentée après des mois de consultations avec des experts, universitaires et juristes africains, la résolution AG/12755 qualifie explicitement la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé comme « l’injustice la plus inhumaine et la plus persistante commise contre l’humanité ». Elle souligne l’ampleur du drame, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants déportés vers les Amériques, les Caraïbes et l’Europe, et ses conséquences durables sur les populations d’ascendance africaine, du racisme systémique aux inégalités économiques actuelles.

Non contraignante sur le plan juridique, cette proclamation n’impose aucune obligation légale. Elle constitue toutefois un acte politique et mémoriel fort, appelant à un dialogue international sur les « torts historiques » et à des mesures de justice réparatrice. Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, y a vu « un moment de vérité pour l’humanité entière ».

Le vote s’est soldé par 123 voix pour, 3 contre (États-Unis, Israël et Argentine) et 52 abstentions. Parmi ces dernières figurent tous les pays de l’Union européenne, le Royaume-Uni, ainsi que d’autres puissances occidentales. Les opposants, comme les États-Unis, ont jugé le texte « hautement problématique », craignant des implications sur les réparations pour des faits non illégaux à l’époque.

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La position de la France : reconnaissance nationale, mais réserves à l'ONU

La France n’a pas voté contre, mais s’est abstenue, alignée sur ses partenaires européens. Dans son explication de vote, le représentant français Sylvain Fournel a rappelé avec fierté que la France fut « le premier pays au monde » à reconnaître, par la loi Taubira du 21 mai 2001, que la traite négrière et l’esclavage constituent un crime contre l’humanité. « Refusant tout à la fois l’oubli et l’effacement », Paris a toutefois exprimé des réserves juridiques de fond.

Le texte, selon la délégation française, établit une « hiérarchie » entre les crimes contre l’humanité, ce qui soulève « de sérieuses difficultés au regard du droit international ». Il risquerait aussi de « mettre en concurrence des tragédies historiques », au détriment de la mémoire des victimes d’autres atrocités. La France et l’Union européenne ont insisté : l’esclavage est une monstruosité incontestable, mais il ne faut pas comparer les souffrances pour en diminuer certaines.

Cette position reflète une ligne diplomatique prudente : honorer la mémoire sans ouvrir la porte à des revendications réparatrices contraignantes, tout en évitant une mise en cause collective des nations européennes impliquées historiquement dans la traite.

Réactions en Outre-mer : indignation et accusations de recul mémoriel

L’abstention française a immédiatement suscité un tollé dans les départements et régions d’Outre-mer, berceaux historiques de la traite. Des élus de Martinique, Guadeloupe, Guyane et même La Réunion ont dénoncé un « signal profondément incompréhensible » et un « recul » majeur.

La députée socialiste de Martinique Béatrice Bellay a parlé d’une « contradiction majeure avec les engagements nationaux » de la loi Taubira. Le député guadeloupéen Christian Baptiste (apparenté PS) y voit « un acte politique et mémoriel majeur » que la France a choisi d’ignorer. À la Martinique, le député Marcellin Nadeau évoque une « erreur politique grave » et une « désertion morale » pour un pays qui se revendique comme berceau des droits de l’homme. Le sénateur Dominique Théophile a exigé des explications claires du gouvernement, voire une prise de parole du président de la République.

La Région Réunion a officiellement regretté cette abstention, rappelant le rôle pionnier de la France en 2001. Pour beaucoup d’élus ultramarins et d’associations mémorielles, cette position affaiblit la crédibilité de Paris sur les questions de mémoire coloniale et laisse le champ libre à d’autres puissances (Chine, Russie) dans le dialogue avec l’Afrique et la Caraïbe.

En Afrique de l’Ouest, des voix comme celle de l’historienne béninoise Lylly Houngnihin ont regretté que « ceux qui se sont le plus enrichis avec le crime » restent en retrait.

Quelles conséquences pour la mémoire et les réparations ?

Au-delà de la controverse franco-française, cette résolution ONU traite transatlantique esclavage crime contre l’humanité marque un tournant. Elle place la traite négrière au cœur du débat mondial sur la justice historique, au moment où de nombreux pays du Sud global réclament des excuses formelles et des mécanismes de réparation.

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a salué un pas vers la reconnaissance des « séquelles persistantes » de l’esclavage. Reste à voir si ce vote symbolique débouchera sur des actions concrètes : forums internationaux, fonds de réparation ou programmes éducatifs renforcés.

Pour la France, l’épisode souligne les tensions entre sa politique mémorielle nationale, souvent citée en exemple, et sa diplomatie multilatérale. Vingt-cinq ans après la loi Taubira, l’abstention du 25 mars 2026 pose une question simple : comment honorer le passé sans en assumer pleinement les conséquences sur la scène internationale ?

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