Simone Gbagbo à Paris : "L'Afrique doit reconquérir sa souveraineté ou être avalée"
Samedi 26 septembre, dans une salle du Novotel Paris 17, l'ancienne Première dame de Côte d'Ivoire, Simone Ehivet Gbagbo, a pris la parole devant des étudiants et des cadres africains de la diaspora.
Cette rencontre, organisée par Afrikainement sous le label « Face au peuple« , a donné lieu à un plaidoyer radical. Selon l’oratrice, le continent ne sera celui de l’avenir que si ses enfants cessent d’y être des étrangers.
Une conférence parisienne pour rappeler les combats de la vraie indépendance africaine
Le Dr Simone Gbagbo a d’abord rendu hommage aux luttes de sa génération : « Notre génération s’est battue pour obtenir le droit de parler, d’exprimer une divergence sans se retrouver prisonnière. » Le retour du multipartisme en Côte d’Ivoire, en 1990, fut à ses yeux une victoire.
Mais, a-t-elle nuancé, la démocratie ne se limite pas à la liberté d’expression. Elle suppose aussi de gouverner son pays selon sa propre vision. Indépendance et démocratie restent donc, pour la jeunesse d’Afrique noire, des batailles à achever.
Le danger actuel est, d’après elle, d’une autre ampleur : « Nous risquons d’être étrangers nous-mêmes en Afrique. » Les richesses du continent suscitent trop de convoitises. La parade qu’elle propose est de s’emparer de la science, de la technique et de la technologie, afin de transformer, fabriquer et défendre ce qui appartient aux Africains.
Industrie, science, santé : l'appel de l'ex-Première dame ivoirienne à produire
Pour appuyer son propos, l’oratrice a cité la Corée du Sud. À l’époque de son indépendance, ce pays se situait, a-t-elle affirmé, au niveau de la Côte d’Ivoire de 1960. Il construit aujourd’hui des automobiles. Elle a alors interpellé les étudiants : « Quand retournerez-vous à Abidjan, à Accra, à Lomé pour nous fabriquer des avions… ou même des aiguilles ? «
Elle a ensuite évoqué un épisode de la rébellion ivoirienne. Selon son récit, le Nigeria d’Olusegun Obasanjo avait envoyé des avions, mais la France, qui fabriquait ces appareils, en aurait interdit l’usage sur le sol ivoirien. Sa conclusion : « Si nous fabriquons nous-mêmes nos avions, aucune puissance ne pourra nous interdire de les utiliser. »
La même logique vaut pour la santé. Pendant la pandémie, le président malgache Andry Rajoelina avait proposé un remède traditionnel, dont l’usage lui aurait été interdit par les Occidentaux. « Comment peut-on m’interdire d’utiliser les produits que je peux employer pour soigner les miens ? », s’est-elle interrogée.
Au-delà de l'économie : « décoloniser les esprits » selon le Dr Simone Gbagbo
Le combat est aussi, a-t-elle insisté, celui des mentalités. Tant que l’Africain préférera le champagne au bangui (vin de palme), le chardonnay au bissap, l’huile de tournesol à l’huile de coco ou de palme fraîche, pourtant réputées parmi les meilleures au monde, « l’esprit restera colonisé« .
Elle a aussi pointé le regard porté sur les langues du continent : « Nos langues ont été baptisées vernaculaires, c’est-à-dire langues d’esclaves. Nous en sommes persuadés.«
Quel avenir pour l'Afrique ? La vision défendue depuis la capitale française
L’intervenante a dessiné le continent qu’elle souhaite : industrialisé, équipé de grandes infrastructures ferroviaires et aériennes, bien éduqué. Les petites unités de production y deviendraient de véritables puissances économiques. Surtout, les Africains y seraient les premiers consommateurs, et fiers, de ce qu’ils fabriquent.
S’adressant directement aux jeunes, elle a lancé : « Ce n’est pas pour l’Europe que Dieu vous a créés. » Son avertissement final est net : sans réponse à ces défis économiques, industriels, culturels, scientifiques et technologiques, l’Afrique serait « encore plus avalée par les convoitises actuelles que par ce que nous avons vécu à la période coloniale« .
Le message est lancé. Reste à savoir si la diaspora, formée en Europe, saura le traduire en actes sur le continent.


